Quelle pression sur les enfants !

Le pédopsychiatre Marcel Rufo se penche sur l’école dans son dernier livre qui paraît jeudi. Il estime qu’elle a pris une place démesurée dans les familles.

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Tu réussiras mieux que moi, n’est- ce pas une injonction que les parents ont toujours fait peser sur les enfants ?

MARCEL RUFO. Je pense au contraire que c’est nouveau. Avant, les agriculteurs disaient à leurs enfants : tu feras comme moi. Aujourd’hui, la peur de l’avenir est telle que l’école a pris une importance démesurée, qu’il faut absolument décrocher un diplôme censé protéger. C’est généralement l’aîné qui porte tout, parfois même les désirs et les échecs de ses ancêtres, c’est un peu moins vrai pour les enfants suivants. Mais quelle pression !

Ce n’est pas efficace ?

Le problème n’est pas tant cette injonction que la manière dont les adultes s’y prennent pour pousser l’enfant vers leur idée de la réussite. Je ne veux pas culpabiliser les parents et surtout pas les mères, trop souvent accusées de tous les maux. J’ai aussi une estime inconditionnelle pour les enseignants. Mais il faut bien le dire : on a un système qui exacerbe les défauts, qui appuie là où ça fait mal. Et qui laisse beaucoup de gosses sur le bord de la route.

Vous êtes contre les notes… C’est comme le redoublement, ça ne
sert à rien. Pire, cela marque le destin scolaire au fer
rouge. Ce n’est pas neutre de se prendre tous les jours
 des sales notes. Il
vaudrait mieux
 passer des évaluations  trimestrielles, au moins on échouerait de temps en
temps, pas en permanence. Avec les
« acquis » ou les « en cours d’acquisition » dans les bulletins, on est sur la
bonne voie. Mais il y a encore des
 enfants qui ne sont jamais félicités
de toute leur scolarité. Et on n’évalue
pas à l’oral, qui permettrait à certains 
de mieux s’en sortir.
 Cela semble bien révolutionnaire, 
et pourtant vous êtes pour la
morale et l’uniforme…

Et pour le latin obligatoire pour tout le monde ! Ce n’est pas passéiste. Le latin, c’est une belle gymnastique de l’esprit. Tant qu’à faire subir aux élèves des parcours uniformes, autant que les belles choses profitent à tous. Je serai même pour l’introduction de la philo en 3ème ! Qu’on arrête enfin avec l’hégémonie du bac S. Moi les lycéens les plus heureux et épanouis que j’aie rencontrés, c’est ceux qui étaient partis en lycée professionnel et qui s’y éclataient.

Les ados vous semblent aller moins bien à l’école qu’avant ?

Ils se sont globalement améliorés sur le plan scolaire, et du coup il sont plus en difficultés lorsqu’ils échouent… C’est une bêtise d’interrompre la scolarité obligatoire à 16 ans : il faudrait la prolonger d’une période de formation obligatoire jusqu’à 20 ans. Je veux bien qu’on envisage une prémajorité à 16 ans, mais ils sont encore petits à cet âge. Ils ont encore besoin d’être « obligés  de faire ». Le métier, pour ceux qui ont loupé leur scolarité, doit être une deuxième chance de reconstruire leur estime de soi.

Et la réforme des rythmes ?

C’est l’occasion de mettre tout le monde autour de la table pour parler de l’enfants, réfléchir ensemble à ce qui est bon pour lui. Je soutiens cette réforme dans son principe, c’est bon pour les gosses. L’école n’a pas d’autre choix que de se remettre en question. On ne peut pas échouer avec des moyens aussi merveilleux. Le jour où il y aura 100% de parents aux réunions parents-profs et où les enseignants leur diront « on va faire ensemble » plutôt que « tout dysfonctionne », il y aura 100% de réussite au primaire. Quant aux parents, ils doivent accepter de découvrir leur vrai enfant par rapport à l’enfant imaginaire. Qu’ils arrêtent de rêver, il est ce qu’il est. C’est une rencontre magnifique, quelles que soient les notes en maths. Regardez les parents des enfants porteurs de handicap, ils nous donnent une sacrée leçon !

 

Propos recueillis par FLORENCE DEGUEN Publié le 22.10.13 Par Le Parisien

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Publié le 25 octobre 2013 | | Laissez vos commentaires

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