La peur d’apprendre

la peur d'apprendre
Il y a eu de nombreuses interviews de Monsieur Serge Boimare après la réédition de son livre « La peur d’apprendre » et c’est bien normal. Ce qui l’est moins c’est la gentillesse, la disponibilité de Monsieur Boimare. Voila, je voulais vous le dire, à vous parents. Quokka est une petite association et pourtant Serge Boimare n’a pas hésité une seconde à vous répondre. Simplement parce que chaque enfant, chaque ado, est important. Nous voulons croire qu’il est toujours possible de trouver des solutions pour faire avancer ceux qui parfois nous donnent l’impression de stagner ou même de reculer !   Merci monsieur Boimare continuez à nous enchanter avec votre espoir.   Voici un extrait de notre conversation :   La peur d’apprendre concerne t’elle uniquement les enfants réputés “difficiles” dont vous parlez dans votre livre? Qu’est-ce qu’un enfant difficile ? Tous les enfants peuvent mettre en place des stratégies d’évitement, face à l’apprentissage. l’enfant, ou l’ado, adopte un comportement qui lui permet de contourner, d’éviter les contraintes, liées obligatoirement à apprentissage. Ceci est lié bien souvent à des peurs infantiles, des angoisses qui le conduit à être empêché de penser. L’apprentissage renvoie le jeune à des réalités qui le gènent. Il est déstabilisé.   Cette peur d’apprendre peut donc toucher tous les milieux familiaux ? Oui bien sur, on peut rencontrer une peur d’apprendre chez tous les enfants, dans tous les milieux. Cette peur est simplement plus représentée chez les enfants qui n’ont pas été soutenus dans leur scolarité, qui n’ont pas été initiés à la culture, à la lecture. Ils n’ont pas pu developer leur imaginaire avec des activites créatives, qui développent les connaissances et font vivre l’imaginaire. Ce sont aussi des enfants qui ont du mal à gérer la frustation ou les contraintes. On peut retrouver aussi des difficulties de penser chez des enfants peu autonomes. Si les parents se subsituent à eux en permanence, il ne pourra pas s’essayer, à penser, à faire. D’où un manque de confiance, la peur de se tromper. Si le parent trop bienveillant ne l’a pas laissé déveloper ses propres methodes entre autre. Il peut naître chez ces différents enfants des inquiétudes, voire des malaises à chaque fois qu’ils sont face à des apprentissages ou de la restitution d’information.   Qu’est ce que “le temps de suspension” dont vous parlez dans votre livre ? Le moment où l’on pose une question offre à l’enfant la possibilité de fonctionner intellectuellement. Il peut réfléchir, élaborer des réponses ou des hypothèses. C’est un temps reflexif de la pensée. Les enfants qui n’ont pas de dimension intérieure rencontrent des difficultés. Comment supporter ce moment de solitude ? Cette situation peut être très angoissante pour eux. Ils peuvent s’auto-dévaloriser : je suis nul, les autres y arrivent, moi pas. D’autres strategies comme de mettre de la distance avec ce qui provoque le mal. Ils commencent par ne plus participer (pour éviter le risque d’être interrogés par exemple), puis s’ennuyer, les idées se brouillent. Certains développent de la colère ou une violence vis à vis des autres (ceux qui réussissent), du professeur ou de l’institution qu’ils rendent responsables. L’important pour eux est d’éviter ce moment de réflexion pour ne pas rencontrer le manque, la règle, l’incertitude.   En cas de difficultés scolaires les parents ont recours aux cours particuliers. Vous dites, et nous partageons entièrement votre avis, : on ne répare pas une voiture en mettant de l’essence. Pouvez vous en dire plus aux parents ? Face à des difficultes résistantes et persistantes le cours n’est pas adapté. Il faut faire réfléchir les enfants. On ne peut résumer l’échec scolaire à un manque de connaissances mais plutot à la mise en place, chez les enfants, d’une structure psychique singulière, de stratégies complexes pour ne pas apprendre. Pour “faire apprendre” à ce genre d’élèves, j’ai choisi d’appuyer le savoir sur des histories, des metaphores, qui vont donner forme au probleme posé. Intégrer la règle ou la question posée dans un scenario va lui donner sens et permettre de la relier à d’autres connaissances.   Stop, je ne peux plus avancer, je ne sais plus où j’en suis, je dois faire le point, voici ce que nous entendons souvent en message subliminal de la non-motivation scolaire. Nous recherchons alors à donner du sens à la scolarité mais cela prend du temps. Dans votre livre vous dites également qu’il n’y a pas de baguette magique. Temps, patience et travail sur son histoire personnelle, est-ce le tiercé gagnant ? Il faut 2 ans de travail, un suivi regulier, pour arriver à sortir certains enfants de leurs difficulties. Il faut au moins ce temps pour relancer la capacité à penser.   Il est difficile de travailler seul sur ses difficultés, un parent peut il aider son ado ? ou faut il une personne extérieure ? Vous avez choisi d’utiliser les contes et la mythologie pour faire réfléchir vos élèves.   C’est déjà le début que de prendre conscience que l aide educative peut jouer un role important. Les parents ne peuvent pas tout sur tout et à l’adolescence particulièrement où le jeune veut se réapproprier son avenir. Des rencontres régulières avec les ados sont nécessaires mais il faut aussi aider les parents dans leur rôle auprès des ados. Ils n’osent pas toujours affirmer certaines règles par peur de se faire mal aimer. Le parent peut aider le jeune à préciser ses pensées, sa reflexion, à argumenter, à communiquer. Il peut l’aider à se nourrir culturellement s’il le peut. Le jeune apprend mieux si cela l’interesse. Il faut donc avoir des supports qui favorisent cet intérêt. *Si vous avez des demandes dans ce sens n’hésitez pas à nous ne parler, nous travaillons sur un apprentissage dynamique.   Un enfant entre en CP en septembre et doit savoir lire en décembre. Pour certains enfants le résultat est techniquement juste mais la lecture n’apporte pas de plaisir. Plus tard les ados expriment ce manque de plaisir comme frein à l’apprentissage. Faudrait il dans ce cas retravailler la lecture et particulièrement la mythologie, comme vecteur de ressenti ? Apprendre à lire c’est faire de l’image dans sa tête, pas un apprentissage mécanique. A partir du moment où l’on a fait une image on s’est approprié le mot. On peut réfléchir dessus et échanger avec les autres sur sa perception etc… *Certains professeurs des écoles travaillent sur la mythologie à travers les livres de Murielle Szac justement parce que ces histoires permettent d’imaginer facilement et d’exprimer des ressentis face à des scènes qui peuvent remettre le jeune dans des situations de son quotidien : la relation aux parents, aux amis, aux apprentissages, à son passé, à la transmission, à ses compétences etc… *Ajout Quokka   J’en profite aujourd’hui pour remercier tous ceux qui nousa accompagnet et qui travaillent à développer chez les enfants ce goût d’apprendre.

Publié le 21 décembre 2014 | | Laissez vos commentaires

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