Le gouvernement double les crédits des politiques de soutien à la parentalité

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Qu’arrive-t-il aux parents ? « C’est comme s’il y avait une perte de bon sens et de spontanéité dans leurs rapports avec leurs enfants », observe Tiphanie Héliard, psychologue à l’Ecole des parents et des éducateurs d’Ile-de-France, un lieu consacré au soutien à la parentalité. « Les parents sont plus libres qu’avant, analyse Nathalie Isoré, la directrice de l’établissement. Ils sont aussi plus déboussolés. »

De multiples symptômes en témoignent : le développement du « coaching parental », les files d’attente qui s’allongent chez les professionnels de l’enfance, le succès des ouvrages et des sites Internet consacrés à l’éducation… Selon une enquête « Aspirations et conditions de vie » du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) effectuée en octobre 2012 auprès d’un échantillon de 2 000 personnes, 21 % des Français disent rencontrer souvent des difficultés dans l’éducation de leurs enfants, et 40 % évoquent des difficultés passagères.

A tel point que le gouvernement s’est emparé du sujet, en doublant les crédits affectés aux politiques de soutien à la parentalité. « L’Etat s’implique non pas pour avoir un jugement, mais pour aider à trouver des réponses », affirme la ministre déléguée à la famille, Dominique Bertinotti.

« LA VALORISATION DES DROITS DE L’ENFANT A CRÉÉ UNE RUPTURE »

Les principaux sujets de préoccupation des parents sont l’école, la séparation du couple parental, l’adolescence, la gestion des écrans, les addictions, la sexualité… Mais les questions commencent dès l’arrivée d’un bébé. « Les séjours en maternité sont devenus très courts, observe Françoise Rosenblatt, responsable du numéro vert Allo Parents Bébé. Quand elles rentrent à la maison, les mères peuvent être paniquées et débordées. Les grands-mères travaillent ou ne sont pas là. Les pères ont du mal à prendre leur place. »

La question de l’autorité est centrale. « Les jeunes mères qui nous appellent n’osent pas fixer de limites, elles ont peur de frustrer l’enfant, poursuit Mme Rosenblatt. Mais les enfants ont besoin qu’on leur dise non. Sinon, la situation peut se dégrader très vite. » « L’enfant a pris une telle importance que les parents se demandent ce qu’ils sont en droit d’imposer », observe Mme Héliard.

Comment expliquer cette déstabilisation ? « Les familles ont affaire à une mutation sociale énorme, observe le psychologue Daniel Coum, chercheur associé à l’université de Bretagne occidentale. Nous sommes passés d’un système où chacun se référait à des dogmes collectifs partagés à un système où chacun est maître dans sa maison. » Jusqu’aux années 1970, les modèles de bon mari et père, de bonne épouse et mère étaient stables.

« L’éducation des enfants se faisait sur le mode de la reproduction, poursuit M. Coum. L’émancipation des femmes, la valorisation des droits de l’enfant ont créé une rupture. » L’autorité du paterfamilias n’est plus. Dans le même temps, le contrôle des naissances a placé l’enfant, désormais désiré, au centre de la famille.

OFFRE DIFFICILE À IDENTIFIER

Face aux interrogations des parents, les pouvoirs publics ont mis en place des politiques de soutien à la parentalité dès les années 1990. A l’étranger, des études ont démontré de nombreux effets positifs : amélioration du bien-être des membres de la famille, meilleure acquisition des compétences par les enfants… En France, ces actions sont menées par toutes sortes de structures (collectivités locales, associations, CAF). Elles prennent la forme de groupes de parole entre parents, de sorties parents-enfants, de conférences-débats ou de consultations individuelles.

L’objectif est de s’appuyer sur les compétences parentales, pas de leur proposer des réponses toutes faites, encore moins de les culpabiliser. Une logique qui avait gagné du terrain sous le précédent quinquennat. « Les programmes contraignants destinés aux parents jugés “à problèmes” sont stigmatisants et inefficaces », explique-t-on au ministère de la famille.

Le soutien à la parentalité s’adresse à tous. Mais l’offre est très variable d’un territoire à l’autre, et difficile à identifier. Malgré la demande, le public touché reste faible. Les réseaux d’écoute et d’accompagnement des parents atteignent une famille sur 10, les groupes de parole 3 familles sur 100, selon un rapport de l’inspection générale de la santé publié en février. « C’est une politique publique qui est en train de se structurer, comme l’accueil de la petite enfance il y a vingt ans », poursuit-on au ministère, où l’on promet la création prochaine d’un site Internet rassemblant l’information à destination des parents.

Publié le 4 novembre 2013 | | Laissez vos commentaires

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